Chapitre 3 – Les naufragés

Eileen regardait cet océan qui lui était inconnu lorsqu’un détail attira son attention : elle se pencha et poussa un hurlement à la vue du reflet de son image dans l’eau. Elle eut beau se frotter les yeux à maintes reprises, Ses cheveux châtains avaient curieusement viré au blond vénitien. Qu’est ce que cela signifiait donc ? C’est alors qu’elle reconnut la voix de Rakushun.
-Eileen ? Celia ? Lucas ? Où êtes-vous ?
Elle le regardait avancer vers elle, complètement estomaquée. Comment un rat pouvait-il parler ?
- Excusez-moi mademoiselle, mais n’auriez vous pas aperçu deux jeunes filles et un garçon ?
- Rak ? C’est toi ?
Le hanjyuu toussota afin de mieux contrôler sa voix.
- On se connaît ? J’ai l’impression que je ne suis pas le seul à avoir changé d’apparence. Tu es Eileen ou Celia ?
- Eileen. Pourrais-tu m’expliquer où nous sommes et pourquoi notre image est différente ?
- Oui, mais il ne faut pas rester là. L’endroit est dangereux et il faut retrouver tes amis. Suis-moi !

À quelques kilomètres de là , Célia reprenait également connaissance. Un homme qu’elle ne connaissait pas lui tendit alors la main et l’aida à se relever. Comme toutes les jeunes filles de son âge, elle avait maintes fois rêvé du prince charmant mais l’individu qui se tenait devant elle dépassait tout ce qu’elle avait pu imaginer : une longue chevelure blonde, un visage aux traits parfaits, de magnifiques yeux d’un gris bleuté. Et pourtant il avait un regard glacial qui la faisait frissonner. Elle imaginait alors cet homme en train de lire dans ses pensées.
Il esquissa un sourire et s’adressa à une créature étrange dans une langue qu’elle ne connaissait pas.
- Cette fois Tentai a bel et bien décidé de reprendre les choses en main. Je suis certain que nous ne le décevrons pas.
- Taiho, trois autres personnes ont été absorbées par le shoku.
- Je sais. Retrouvez le rat et surtout capturez-le vivant ! J’ai cru reconnaître la peluche préférée de la reine de Kei. Il pourrait nous être très utile …
Celia voulut alors prendre la parole mais l’homme qu’elle avait pris pour son sauveur la projeta violemment au sol.
- Qui t’a permis d’ouvrir la bouche ?
Elle était tellement terrorisée qu’elle ne pouvait ni lui répondre, ni fondre en larmes. C’est à peine si elle parvenait à reprendre son souffle.
- Ecoute-moi bien. Si tu fais exactement ce que je te dis tu n’auras rien à craindre de moi. Je ne te veux aucun mal. Le Ciel a fait de toi … mon esclave. Mais si tu travailles bien, le Ciel te récompensera.
- Taiho !
- Cela suffit Chyorai ! Je m’agenouillerai devant elle et la servirai mais en attendant je veux être sûr de ses capacités.
L’individu se tourna alors vers Célia qui ne s’était pas relevée.
- Maintenant, si tu tiens à vivre, reproduis mes gestes et répète mes paroles !
Il s’agenouilla devant elle et un halo doré les enveloppa.
- À genoux !
- Euh oui …
- Maintenant répète après moi. Le Ciel t’a désignée comme étant ma moitié …
- Comment ? Je dois dire ça ?
- Ne discute pas ! Dépêche-toi !
- Le Ciel t’a désigné comme étant ma moitié …
- Je te jure obéissance et fidélité …
- On dirait une cérémonie de mariage
- Abrutie ! Il faut faire vite !
- Je te jure obéissance et fidélité
- Bien. Tu vois que tu peux le faire. Maintenant relève toi.
- Euh … c’est tout ?
L’homme s’adressa à sa nyoukai.
- Chyorai. Emmène sa majesté en sécurité au palais.
- Taiho, que fait-on des autres ?
- Les shireis s’en occuperont.
C’est alors que Célia réalisa qu’elle comprenait ce qu’ils disaient. L’homme lui sourit et lui dit :
- Nous allons essayer de retrouver tes amis. Mais tu dois regagner le palais au plus vite.
- C’est bizarre, j’ai compris ce que vous disiez.
- Il est naturel que la Reine comprenne ses sujets…
- La Reine ? Et vous, vous êtes un roi ?
- En quelque sorte …
Il esquissa un nouveau sourire qui n’avait rien de bienveillant mais Chyorai mit rapidement un frein aux interrogations qui rongeaient l’esprit de Célia en l’empoignant et l’éloignant.
- Daibun et Daiwolf, j’ai un travail pour vous.
Deux youmas se présentèrent devant lui.
- C’est très simple, nous avons trois individus qui ont été absorbés par le shoku : un hanjyuu et deux kaikyakus. Retrouvez le rat mais ne lui faites pas de mal, je le veux vivant.
- On ne peut même pas jouer avec Taiho ?
- Non … mais vous pouvez manger les kaikyakus. Je suis certain que vous apprécierez la chair de la fille. Trouvez la et tuez-la !
Le grand blond respira profondément et somma les deux créatures de le suivre. Non seulement il avait une vue perçante mais son odorat était particulièrement fin. Ils s’arrêtèrent non loin de la Mer du Néant et les yeux du taiho se posèrent sur une flaque rouge.
- Quel sang divin. On peut dire qu’ils l’ont bien réussie. Dommage pour eux que nous l’ayons trouvée en premier.
- Taiho ! N’oubliez pas votre promesse !
Les deux youmas craignaient déjà pour leur festin à la vue du kirin pourléchant son doigt qui avait trempé dans la mare de sang. Il éclata d’un rire sarcastique en voyant leurs têtes.
- Ne vous en faites pas. Je me contenterai d’un ou deux verres mais la chair sera pour vous et je crois que vous allez vous régaler. Ces traces de sang vont nous faciliter la tâche. En route !

Lucas venait de reprendre connaissance à son tour. Un jeune garçon qui devait avoir son âge le regardait en souriant. Il tourna la tête mais n’aperçut aucun de ses amis.
- Où suis-je ? Qui êtes-vous ?
- Je m’appelle Kori. Ma nyoukai a réussi à amortir ta chute lorsque tu as été englouti par le tourbillon. Malheureusement elle n’a pas réussi à attraper les deux autres.
- Je ne comprends pas, nous étions quatre.
- Bizarre, Sanshi a dit que vous étiez trois. De toute façon nous partons à leur recherche. Sanshi, conduis ce jeune garçon chez Risai s’il te plaît et rejoins nous près de la Mer du Néant. Non … va prendre des nouvelles d’Enki au Mont Hou et essaie de trouver Shinkun.
- Taiho, je ne puis vous laisser y aller seul. C’est trop risqué.
- J’irai avec Goran. Ne t’inquiète pas.
- Mais le Taiho maudit est déjà à leurs trousses.
- Ne t’inquiète pas, je me suis débrouillé pour l’envoyer dans une mauvaise direction. Je l’imagine en train de se délecter de mon sang …
- Taiki !
Le jeune kirin ne supportait pas la vue ou l’odeur du sang et il avait preuve de courage et d’abnégation en demandant à Gouran de le mordre afin de semer le trouble dans l’esprit du kirin maudit. Maintenant il était malade et il lui faudrait plusieurs jours pour se rétablir. Et c’est à contrecoeur que Sanshi empoigna Lucas afin de le mettre en sécurité. Elle savait que Taiki avait des shireis puissants qui sauraient le protéger mais elle avait le sentiment de le trahir en le quittant dans cet état.

Elle avait suivi le rat sans comprendre la raison de leur fuite.
- Eileen., il faut marcher plus vite, cette région est infestée de youmas .
- Je ne peux plus avancer. Dieu me punit pour avoir désobéi à mon père et …
- Encore un petit effort, il doit bien y avoir un raboku dans le coin. On y sera à l’abri le temps que tu te reposes un peu.
C’est seulement à ce moment là que Rakushun réalisa que son pelage était maculé de sang. Il n’avait pourtant aucune blessure. Il s’était servi de son propre corps pour amortir la chute d’Eileen.
- Je ne peux plus avancer. Je me sens mal.
- Eileen !
La belle chevelure d’Eileen avait masqué une vilaine blessure au front. Ainsi, ce n’était pas lui mais bien elle qui était blessée. Sa première rencontre avec sa bien–aimée lui revint en mémoire. Il ferait pareil avec Eileen. Il trouverait suffisamment de force pour la mettre à l’abri tout seul. Il avait l’intime conviction que comme sa chère Youko, cette jeune Taika était spéciale et qu’il fallait la protéger.
- Youko … Aide-nous !

À suivre

Qui sont Eileen et le mystérieux kirin maudit ? Est-ce que Shinkun , Taiki et Enki retrouveront la jeune fille avant leur ennemi ?